Contrairement aux idées reçues, l’une des grandes peurs des marins n’est pas liée à la mer mais bien aux incendies, qui peuvent se déclarer sur leur navire. Celui-ci étant votre seul refuge, tout départ de feu est extrèmement dangereux, sachant qu’aucun pompier ne peut intervenir rapidement, et qu’il faudra compter sur les compétences et le courage de l’équipage.

Les ferry sont particulièrement sensibles à ces problèmes. On peut évoquer le Norman Atlantic, en décembre 2014, la liaison Valence-les Baléares avec un incendie en avril 2015, ou encore cet incendie sur un navire au départ de Tokyo en août 2015..

Tout d’abord ils transportent du frêt, avec de gros réservoirs de gasoil, des véhicules de particuliers dont personne ne maîtrise vraiment l’état. Les soutes aux véhicules sont interdites pendant les traversées : cette précaution peut se révéler catastrophique si l’on n’est pas averti du départ d’un sinistre. Or les détecteurs de fumées sont assez inefficaces dans de tels gros volumes parcourus de courants d’airs. Lorsque la fumée arrive au détecteur, il est souvent trop tard : un marin témoigne en évoquant la détection d’un incendie par des semelles qui fondent au pont supérieur… Par ailleurs, les ferry transportent de nombreux passagers, ce qui s’accompagne évidemment d’une exigence accrue en matière de sécurité.

Christophe Courseaux, sté SIE
Christophe Courseaux, sté SIE

Le risque incendie est donc pris très au sérieux par les compagnies, et notamment l’une d’elle, qui a demandé à la société SIE de faire une étude concernant la prévention de ce risque. Après avoir fait appel à un spécialiste de ce type d’étude – M. Pinto de la société Gesmar – SIE a recommandé la pose de trois caméras Q2901-E, de la marque Axis Communications. Il s’agit des caméras dites « thermographiques », qui mesurent la tempature absolue d’un objet, contrairement aux caméras thermiques qui ont un calibrage dynamique (mesure relative). L’intérêt de telles caméras, c’est que l’on peut attribuer une couleur exacte pour une température précise, avec des seuils d’alarmes totalement paramétrables. En termes d’usage, la caméra thermographique surveille les températures tandis que la caméra thermique surveille les intrusions grâce à la différence de chaleur entre les corps et leur environnement.

Le client a décidé d’installer un site pilote sur l’un des ferries traversant la manche. SIE a donc posé le matériel, et Agix a envoyé un technicien pour paramétrer les caméras et le serveur CamTrace qui enregistre et affiche les vues en provenance des soutes. Un boîtier de relais a été également installé vers une alarme sonore dans le poste de pilotage du navire.

Comparaison caméra thermique et caméra thermographique
Comparaison caméra thermique et caméra thermographique

Le réglage des alarmes consiste avant tout à fixer le taux d’émissivité des matériaux observés : du bois n’absorbe pas la chaleur comme le béton ou de l’eau. En l’occurence, le métal a l’un des taux d’émissivité les plus bas, car il est extrèmement conducteur et absorbe donc toute la chaleur qu’il reçoit. Ensuite, on règle le seuil d’alarme, soit par rapport à une température absolue, soit par rapport à un taux de progression (passage de telle température à telle température en moins de X secondes.) S’il facilite la détection d’un éventuel départ de feu, le système ne se propose pas de remplacer un détecteur de fumée classique. Il s’ajoute simplement à lui.

Poste de pilotage du ferry
Poste de pilotage du ferry

 

Après avoir montré le fonctionnement du logiciel aux officiers, les camions de fret et les touristes ont pu embarquer pour l’Angleterre. Cette installation pilote devrait inspirer d’autres affréteurs.